Reading at C1: Prendre position

TCF and TEF Canada · Compréhension écrite · Level C1 · practice set 1 · about 10 minutes

Lisez chaque document, puis répondez aux questions. Certaines questions portent sur ce que l'auteur sous-entend.

Document 1

Extrait d'essai

Laissons les enfants s'ennuyer

Il fut un temps où l'ennui faisait partie de l'enfance au même titre que les genoux écorchés. Les après-midi de juillet s'étiraient sans fin, et c'est précisément de ce vide qu'émergeaient les cabanes, les carnets secrets, les jeux aux règles inventées puis aussitôt modifiées. Personne, alors, ne songeait à y voir un problème à résoudre.

Aujourd'hui, l'ennui est devenu suspect. Le parent qui entend « je m'ennuie » y perçoit volontiers un reproche, presque un échec personnel, et s'empresse d'y remédier : une activité, un atelier, un écran. L'agenda de bien des enfants de dix ans ferait pâlir un cadre supérieur. On les comprend, ces parents : ils veulent offrir à leurs enfants toutes les chances, et l'offre ne manque pas.

Je ne prétends pas que ces activités soient inutiles, ni que les écrans soient la source de tous les maux. Mon propos est plus modeste. Je crois simplement qu'en comblant chaque minute libre, nous privons les enfants d'une expérience formatrice : celle de se retrouver face à soi-même, sans consigne, et de devoir décider quoi faire de son temps. L'ennui est inconfortable, certes. Mais c'est cet inconfort qui pousse à imaginer, à fabriquer, à aller vers les autres.

Les adultes ne s'y trompent d'ailleurs pas lorsqu'il s'agit d'eux-mêmes. Combien d'idées nous viennent sous la douche, en marchant, en attendant l'autobus, ces rares moments où personne ne nous demande rien ? Nous savons, par expérience, que l'esprit a besoin de jachère. Pourquoi refuserions-nous à nos enfants ce que nous recherchons pour nous-mêmes ?

Laisser un enfant s'ennuyer ne demande ni budget ni inscription. Cela exige seulement de supporter, quelques minutes, sa plainte, et de résister à l'envie de la faire taire.

1.Quelle est la fonction du troisième paragraphe dans l'argumentation ?
2.Quel ton l'auteur adopte-t-il envers les parents qui multiplient les activités ?

Document 2

Chronique

Mon accent et moi

L'Écho de la Baie

La scène s'est passée à Paris, il y a une quinzaine d'années. Je venais de demander mon chemin à une passante, qui m'a répondu, avec un grand sourire, que mon français était « vraiment charmant ». J'ai mis du temps à comprendre pourquoi ce compliment m'avait laissé un goût amer. On ne dit pas d'une langue qu'elle est charmante ; on le dit d'un objet folklorique qu'on rapporte en souvenir.

Je suis né à Caraquet, et l'on parlait chez nous un français que les manuels scolaires ignoraient. Pendant longtemps, l'école s'est donné pour mission de nous en débarrasser. On nous corrigeait non seulement nos fautes, ce qui était légitime, mais aussi nos mots, nos tournures, notre musique. Nous avons appris, en somme, à parler deux langues : celle de la maison et celle de la salle de classe, la seconde étant présentée comme la seule vraie.

Les choses ont changé, et tant mieux. Des chanteurs, des humoristes, des romanciers ont fait entendre la parole acadienne bien au-delà de nos villages, sans demander la permission à personne. Les jeunes, eux, passent d'un registre à l'autre avec une aisance que ma génération leur envie.

Il reste pourtant quelque chose de cette vieille gêne. Je la reconnais chez ces collègues qui, au téléphone avec Montréal ou Paris, « nettoient » leur accent sans même s'en rendre compte. Je la reconnais aussi chez moi, je l'avoue, quand je relis cette chronique pour m'assurer qu'aucun mot de chez nous ne s'y est glissé par mégarde.

Maîtriser le français dit standard est une richesse, je ne le conteste pas. Mais il n'est pas nécessaire, pour l'acquérir, de renoncer à celui qui nous a vus grandir.

3.Pourquoi le compliment de la passante a-t-il déplu au chroniqueur ?
4.Que révèle l'aveu du chroniqueur dans le quatrième paragraphe ?

Document 3

Texte argumentatif

La gratuité du transport en commun : une fausse bonne idée ?

Chaque campagne municipale voit resurgir la même promesse : rendre l'autobus gratuit. L'idée a tout pour plaire. Elle semble juste, puisqu'elle profite d'abord aux ménages modestes, et écologique, puisqu'elle devrait inciter les automobilistes à laisser leur voiture au garage. Quelques villes européennes l'ont adoptée, et leurs élus en vantent volontiers les mérites.

Les études menées dans ces villes invitent cependant à la prudence. La fréquentation augmente bel et bien, mais les nouveaux usagers sont surtout d'anciens piétons et cyclistes, bien plus que d'anciens automobilistes. Autrement dit, la gratuité remplit les autobus sans vider les routes. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas ce qu'on avait promis.

Il y a plus préoccupant. Dans la plupart des réseaux canadiens, la vente des billets finance une part importante du fonctionnement. La supprimer oblige à trouver ailleurs des sommes considérables, au moment même où le réseau aurait besoin d'investir pour accueillir davantage de passagers. Le risque est réel de se retrouver avec un service gratuit, mais moins fréquent et plus bondé.

Or, ce qui détourne les gens de leur voiture, toutes les enquêtes le confirment, c'est d'abord la fréquence, la fiabilité et la rapidité du service. Un autobus qui passe toutes les dix minutes, même payant, convainc davantage qu'un autobus gratuit qui passe toutes les quarante minutes.

Faut-il pour autant renoncer à toute réduction tarifaire ? Certainement pas. Des tarifs fortement réduits pour les personnes à faible revenu, les étudiants ou les aînés atteignent l'objectif social à moindre coût. Quant à l'objectif écologique, il passe par l'amélioration du service. La gratuité universelle, elle, risque surtout de servir de slogan.

5.Que veut dire l'auteur quand il écrit que la gratuité « remplit les autobus sans vider les routes » ?
6.Quelle est la position de l'auteur ?